Empreintes

Véronique MASUREL
From 2015-05-21 to 2015-06-13

Du 21 mai au 13 juin Véronique Masurel présente un ensemble de toiles et une série de dessins.
Ces deux pratiques menées simultanément révèlent une double aspiration : dans les dessins au fusain, l’espace est totalement saturé. Il y a une profusion, une luxuriance du monde végétal pleine de l’énergie du chaos.
A l’opposé, les peintures traduisent un espace calme et sans profondeur. Ce sont les couleurs et les signes qui structurent la toile. Les éléments de la nature ne sont présents qu’à l’état d’empreintes et semblent flotter... Comme si une lente décantation s’était opérée entre la mémoire et le moment de la vision.

Entretien avec Véronique Masurel

S.L : C’est votre troisième exposition personnelle à la Galerie Frédéric Moisan. Intitulé « Empreintes », l’accrochage révèle deux aspects de votre travail. D’une part, les fusains où règnent le désordre et la profusion et d’autre part, les toiles régies par l’ordre et l’épuration. Ces deux axes de création sont-ils toujours moteurs dans votre travail ?

V.M : Depuis de nombreuses années, je suis animée par un double désir. D’une part celui de créer un monde de signes, de couleurs qui traduiraient une vision de la nature inventée, libérée de l’image. D’autre part, j’ai toujours été fascinée par la luxuriance du monde végétal, ses enchevêtrements, ses recouvrements. Pendant plus de 10 ans, j’ai tenté de révéler cela par un lent travail d’accumulation et de destruction, par des couches de couleur qui laissaient peu à peu apparaître une trame de gestes enchevêtrés. Le paysage advenait presque à mon insu à partir de souvenirs enfouis.

S.L : Les dessins et les peintures s’inscrivent bien dans deux dynamiques différentes. Comment fonctionnent-elles l’une par rapport à l’autre ?

V.M : En effet, elles n’ont pas de rapport direct et correspondent à deux moments, à deux énergies bien distincts de mon travail. Dans la série de dessins au fusain réalisés entre 2012 et 2015, j’ai eu envie de me confronter vraiment au réel, à un travail « d’après-nature », et voir ce qui pourrait sortir de cette relation physique à la forêt sans intention plus élaborée que celle de traduire la luxuriance, la lumière et l’ombre, ces enchevêtrements de branches, de feuilles, de lianes… En quelque sorte, laisser agir l’œil et la main. La présentation de la série de dessins dans la dernière partie de la galerie, par son accumulation, se voudrait de restituer une impression d’immersion et de saturation. La série des toiles appartient à une expérience commencée en 2011 avec la découverte et l’utilisation d’un nouveau support : le coton non enduit.

S.L : Pourquoi ce nouveau support ?

V.M : Cette découverte correspondait à un besoin de travailler la couleur de façon plus fraîche, plus immédiate, un peu comme des gouaches ou des aquarelles, sans reprise, en jouant sur la fluidité, sur inattendu de la toile qui s’imbibe de façon irrégulière, mais aussi sur la transparence et l’opacité, le flou et le net…

S.L : La référence à la Nature est permanente dans l’ensemble de votre œuvre. Pour autant, les toiles récentes ne sont ni une abstraction, ni une schématisation du paysage. Elles s’élaborent selon un autre ordre ?

V.M : La présence d’un monde végétal, organique apparaît comme en filigrane car il donne l’impulsion de départ à l’élaboration du tableau. Mais ce sont les signes, les couleurs, les formes qui viennent rythmer la toile, lui donner son équilibre, son harmonie, ou son déséquilibre et sa dissonance. Quelques éléments, toujours les mêmes, constituent une sorte de syntaxe : lignes enchevêtrées, points, grandes formes en aplats, surfaces fluides… Les mêmes depuis des années.

S.L : De ce langage autonome se dégage en effet une économie, une plénitude de la couleur, une immédiateté de la sensation.

Propos recueillis par Solenn LAURENT