Peintures

Jacques BARRY
From 2012-06-06 to 2012-06-23

« La peinture est un art difficile pour exprimer des choses, on ne peut y faire passer, comme en écriture ou au cinéma, des sentiments. La peinture n’est pas un bon médium pour s’exprimer » dit Jacques Barry. Contrairement à ce qu’il en dit, sa peinture fait passer des sentiments. Oublié le bestiaire si reconnaissable qui a traversé son œuvre, avec ces animaux qui ne sont pas des monstres de légende ni des êtres puissamment symboliques mais de simples signes peints, porteurs de cette seule vision enfantine et émerveillée, il montre aujourd’hui une intimité peuplée de silhouettes, de personnages, de lieux mémoriels, de scènes et de choses vues qui existent de façon onirique, au centre d’un espace sans sol, sans horizon, comme en un ciel. Sa peinture exprime ce regard douloureusement amusé ou doucement ironique qu’il porte au monde, il peint en effet comme s’il écrivait des romans ou de courtes nouvelles dans lesquelles l’immobilité d’un homme assis sous une lampe à abat-jour, avec sa façon de croiser ses mains sur ses genoux ou de lever la tête au ciel, serait suffisante à susciter en nous des micro fictions ou des récits au long cours, d’autres images, d’autres vécus. Exercice d’enfance et de solitude en quelque sorte, quand reviennent en mémoire les murs d’une chambre, le regard d’un chien, la tristesse du confort moderne et les couleurs de l’ennui. Peindre alors comme bondir au dehors, traverser le plafond, sauter une rivière avec des ailes sur le dos et la tête dans les nuages, tutoyer des sirènes, des chiens équilibristes ou des poissons volants, pour éviter que ne s’effondre trop vite la pyramide des rêves.
Jouant de façon très subtile avec les codes de la représentation, la mise en aplat des formes, la simplicité apparente, Jacques Barry nous permet d’accéder au sensible, d’aiguiser notre regard, nous ouvre des espaces de poésie pure.

Bernard Collet
Mai 2012