Débordement

Clément BORRE
From 2012-03-08 to 2012-04-14

La galerie_frédéric moisan est heureuse de présenter l’exposition des peintures de l’artiste français Clément Borre. Représentant de la jeune peinture actuelle, Clément Borre revient nous poser la question du tableau. Avec ses « peintures-objets », il propose un travail où la matière, obtenue par un jeu de recouvrements et de glacis divers, déborde littéralement de la toile et nous donne l’illusion d’une céramique. S’ouvre alors une double lecture entre frontalité et profondeur.

Extraits de texte de Yann RICORDEL, janvier 2012 :
« Clément Borre laisse ostensiblement paraître le temps du processus par des complexes de vitesses (la stase de l’aplat, la dynamique du geste), des cohabitations de temps (les temps du faire), une stratification de durées. Au final, ce processus se sédimente en un objet unitaire bien concret, mais également une image, jouant de l’ambiguïté entre la présence de « tableaux objets » aux tranches épaisses et la fiction d’une surface. Refusant la storia albertienne, l’artiste affirme une filiation moderniste : « si le modernisme est cette coupure avec l'histoire au profit de la forme alors je le prolonge. » Et en effet par le matiérisme, à savoir un mode dans lequel la matière peinture se dit elle-même — par d’épaisses coulures, des craquelures, la superposition de couche qui ne se recouvrent pas complètement les unes les autres, l’adjonction de matériaux exogènes comme des billes de polystyrène —, le fait de la peinture est, chez Clément Borre, à lui-même son propre sujet. Est-ce à dire que les tableaux de Clément Borre ne racontent rien ? Rien n’est moins sûr : il déclare par ailleurs : « j'ai tenté de donner [à ma peinture] un sens externe par un travail chromatique qui simulerait des effets de peau, de fruits ou de toutes sortes de surfaces organiques plus ou moins toxiques par des couleurs fluorescentes, moirées ou métallisées. En effet, j'ai pu sentir une fatigue à force de répétition du même processus fait de gestes identiques […], une peur de tourner à vide qui m'a forcé à raconter des choses uniquement par la couleur et la texture.» De cette façon, Clément Borre rejoint la pensée de Donald Judd pour qui « à l’exception d’un champ complètement et uniformément recouvert de couleur ou de marques, tout élément mis en espace à l’intérieur d’un rectangle et sur un plan suggère une chose sur ou à l’intérieur d’autre chose, une chose dans son environnement, et cela rappelle un objet ou une figure dans un espace qui lui est propre, qui lui-même renvoie à un exemple existant dans un monde similaire. C’est là le but essentiel de la peinture1. » Les taches, macules qui flottent en surface des tableaux de Clément Borre sont donc des « êtres de peinture » environnées par un espace proprement pictural, mais qui toutefois mettent en place le degré zéro de la narration : quelque chose, ou quelqu’un, quelque part. Ainsi l’exprime l’artiste : « j'ai l'impression que cela parle d'une région humide, d'une abondance voir d'une surabondance de richesses naturelle, d'une lumière enrobante, joyeuse et capricieuse. C'est devenu maintenant assez clair qu'il s'agit de donner corps à un territoire, à la fois réel et imaginaire. »