Coude à coude

Fouad BELLAMINE
Pierre BURAGLIO
René SCHLOSSER
From 2011-05-25 to 2011-06-25

Trois peintres, ensemble, qui ont décidé de montrer leur travail « au coude à coude », comme on le fait de front dans les manifestations de rue quand il s’agit de s’indigner ou de résister.
Il y a des textes ou des images qui ont ce pouvoir de résistance, le livre récent de Stéphane Hessel nous l’a montré, celui de faire souffler un vent sur notre passivité, notre trop facile capacité au renoncement et au découragement, affirmer que les valeurs et les aspirations d’une autre époque peuvent encore s’inscrire dans notre présent et y avoir des échos, qu’il ne faut jamais baisser les bras.
Alors, c’est ce qu’ils font, tous les trois, ils continuent à peindre, encore, et à créer, encore, pour résister à tant de pensées convenues ou anesthésiées. Pour cette fraternité peut-être, qui me paraît faire « tenir ensemble » les travaux de Pierre Buraglio, Fouad Bellamine et René Schlosser.
Qu’il s’agisse pour Bellamine d’explorer par la peinture et les recouvrements des signes identitaires qui viennent se perdre dans l’abstraction, de confronter l’image photographique aux codes picturaux, ou pour Buraglio et Schlosser dans une surprenante économie de moyens, avec ces matériaux de réemploi, de découper des couleurs monochromes devenues paysages de présence, on est toujours surpris par leur forme commune de langage qui a pris le parti de privilégier l’éthique à l’esthétique. Il y a là, entre eux, cette fraternité de pensée, cette même volonté de créer pour résister, dans la création même, à tous les codes superficiels que l’époque tente de nous imposer.
Trois horizons distincts, certes, pour ces peintres venus des deux rives de la méditerranée mais qui aujourd’hui ont des liens si forts, des peintres ayant leurs singularités picturales propres, mais pas tant que cela, au fond, quand on connaît les « regards croisés » que ces trois-là se portent, René Schlosser qui a ramené des terres d’orient, du Vietnam en particulier, de ces « terres jaunes, notre délice » comme les nommait St John Perse, les images mémorielles et superposées à celles d’un Maroc où il a vécu si longtemps, Fouad Bellamine qui sait rappeler au Maroc son admiration pour le travail de Pierre Buraglio qui y a exposé à de nombreuses reprises ces dix dernières années et qu’il fréquenta aussi à l’école des Beaux-Arts de Valence (Drôme) où Buraglio fut professeur et l’ami déjà de René Schlosser, tous se souvenant de ce temps d’échanges et de recherches où les discussions s’éternisaient parfois très avant dans la nuit, dans la fraternité de l’acquiescement ou de la controverse, mais dans la fraternité vraie.
Alors il y a ces « paysages » qu’ils nous montrent là, ensemble, ces paysages d’abstraction qui seraient plutôt ceux d’un champ de bataille commun où se mêlent, dans la confrontation même avec la peinture, dômes et blockhaus, des marais qui ont la poésie un peu sèche du zinc, des terres d’inhospitalité comme celles des champs de l’Histoire. Des images qui témoignent d’une attitude faite de rigueur extrême dans les choix esthétiques et aussi d’engagement et de dignité, nous aident à garder nos consciences en éveil.

Bernard Collet
Avril 2011