Forêts intimes

Sandra MARTAGEX
Du 07/10/10 au 06/11/10

Dans notre société actuelle, l’image du corps est montrée sous son enveloppe charnelle. Sandra Martagex adopte un autre point de vue, elle donne à voir un corps organique, révélant l’énergie créatrice que nous possédons. Les viscères, les fœtus, les squelettes sont offerts aux regards: voilà ce que nous sommes, l’humble condition humaine est révélée. Mais la carcasse n’est pas réduite à son caractère morbide, elle est charmante chez Sandra Martagex, elle est liée à son pendant ultime la vie, l’amour. Le charnel, le viscérale, l’organique, l’attraction pour un monde intérieur non pas spirituel mais concret, sanguin, vivant. Les muscles soutiennent les flux vitaux et nous conduisent au cœur d’une impossible anatomie, pour un ultime baiser d’Eros à Thanatos. Sandra Martagex a la force de poser les choses, elle incarne l’origine du monde et l’investit de l’inquiétante froideur du réel : les organes, présentes à la genèse et au déclin. La naissance ne contient-elle pas en elle les prémisses de la mort ? Corps poétiques ? Allégories de la vie ? Les éléments imaginaires disséminés dans cette « idée » du corps rencontrent également un soin porté aux détails pour cette femme qui étudie avec passion les livres de médecine.

Elle préfère à la toile le carton dont elle peut arracher des couches successives et le papier qu’elle peut inciser, gratter, marbrer et imbiber de peinture, d’eau et de colle. Les fluides parcourent le territoire intérieur pour lui insuffler un souffle, un semblant de vie. Car ce sont des écorchés, des asexués, arrachés de leur peau à force de vivre… le rouge a rongé l’épiderme et révèle les entrailles, devenues presque érogènes. Ses talents de coloristes éclairent l’abîme du corps. Une lumière révèle les tissus veineux garants du fil de nos jours, jours que les blessures fanent pour ne laisser que l’absence et le vide d’une vie passée.
L’intériorité s’exprime avec une clairvoyance radiographique tout en laissant se déployer la foisonnante énergie vitale. Les champs s’ouvrent vers les confins d’une intimité, exaltée d’abord dans sa pure contingence, dans son humble existence.
Sandra Martagex nous montre tel que nous sommes. Le prosaïque rejoint le poétique pour une érotique du corps organique. S.L

«La couleur est d’autant plus fluide qu’elle a pour mission de suggérer un univers flottant et lumineux : celui que nous découvririons si nous avions, comme Sandra Martagex, le pouvoir de voir à l’intérieur des corps.»
Jean-Luc Chalumeau