Autres rives

Denis POLGE
Du 02/02/10 au 27/02/10

Les oeuvres d’art aujourd’hui veulent parler : commenter, critiquer, surprendre. Je m’efforce de garder le silence. Si un tableau se dit, il devient un texte.
Mais dès lors que dire de mon travail?

Je voudrais que regarder mes tableaux se rapproche de l’expérience d’un bain. Un bain de mer ou de rivière qui en été vous revivifie, vous débarrasse de la fatigue, vous rende la sensation d’un lien à la nature.

Ce thème de l’eau s’est imposé sans que je m’en rende compte. D’abord l’eau c’est ce avec quoi je peins (à la gouache, à l’aquarelle, à l’encre). Et cette continuité entre le medium et le sujet de mes tableaux stimule mon travail. Mais plus poétiquement, l’eau a fini par habiter tous mes papiers. L’eau de la mer, d’une rivière, d’une mare a ceci de troublant que, par sa surface, elle dissimule et révèle. Elle est un miroir qui cache le lit de la rivière mais aussi dévoile ce qui se trouve au-dessus d’elle. Il faut s’approcher de près pour découvrir dans une semi-obscurité, et souvent avec inquiétude, les jolis galets mais aussi les longues algues et la vase velue. Mes eaux dormantes sont souvent des taches noires. En écrivant cela je pense à "Eloge de l’ombre" de Junichirô Tanizaki...

Montrer mes oeuvres au Japon a eu un sens particulier. Outre l’usage de certains matériaux japonais (papiers, liants), mon travail laisse, je crois, voir une certaine affinité avec l’esthétique japonaise ; Sont-ce ces trous d’ombres ? Un goût pour la retenue ? Pour le vide ? Et ces plages ne sont-elles pas des jardins secs ?

Denis Polge