L'habitat et l'habité

Asaad Arabi
From 2017-04-13 to 2017-05-13

Au cours des années 1975. (Et à la suite d’arrêt définitif de la guerre civile libanaise),
J’ai installé à Beyrouth, deux expositions, dont le thème prédominant a été inspiré du malheur urbain, (surtout dans la capitale), ce qui s’est passé pendant les deux périodes ambiguës : celle de la destruction durant la guerre et celle de ce qui a suivi : la reconstruction virtuelle qui a complété malheureusement la déformation de la mémoire urbaine et architecturale.
Si la nouvelle collection des tableaux s’inspire du même thème, elle devient expressivement plus aliénée, car la tragédie syrienne par comparaison (avec celle du Liban), est doublement grave. L’agressivité du guerrier a rasé complètement les villes et les villages (y compris celles qui sont historiques ou millénaires comme Alep) ce qui explique l’ampleur de la perte humaine et urbaine, plus d’un million de tués ou de blessés graves. Plusieurs millions sans abri ou réfugiés dans des camps précaires, cela dans les pays voisins jusqu’à l’Europe nordique, le Canada ou l’Australie.
Les orphelins choqués par la mort de leurs parents sous les décombres causés par le bombardement aveugle et sauvage, se sont enfuis dans le vide vers un destin inconnu, des petites filles et des garçons et même des bébés, à l’âge des oiseaux et des papions, meurent par centaines, du froid ou de la chaleur, de la faim ou noyés au tréfonds de l’océan ou de la méditerranée.
Les compositions dans mes toiles interprètent deux spectacles noirs : 1- des villes fantômes, terrifiés par un silence inquiétant ou les corbeaux (symbole du mal absolu) envahissent la cité désertée. 2-la déportation et le déplacement massif, les immigrantes se bousculent et se chevauchent selon un défilé discontinu, et s’orientent d’une manière suicidaire vers l’absurdité du néant.
En somme on a un parallélisme métaphorique entre deux images affreuses : l’arrachement des habitants collés à leurs habits de la cité millénaire, s’associe tragiquement avec l’arrachement symbolique d’un coquillage de dos d’une tortue et, on l’a rejeté (en crachement) nue, dans les chaleurs du sable caniculaire de la plage de la mer, ou dans l’enfer du désert, ou sur l’asphalte cuit de l’autoroute.
C’est l’image de l’absurdité du sadisme collectif renouvelé à chaque fois qu’il y a une guerre civile.