Claude BURAGLIO

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Tenir à distance - Pierre Wat

Au début, c'est brutal. Brutal comme la boxe. Brutal comme toutes images que Claude Buraglio puise dans des revues érotiques des années trente. Brutal comme seules peuvent l'être les images. Et puis on se rapproche, pour mieux voir, pour savoir quelle part de sexe se dissimule sous ce combat. Alors l'image se brouille, laissant apparaître une trame grossière, sous les reflets d'un Plexiglas. Pour voir, il faut reculer, se tenir à distance. C'est en faisant cela, en tenant à distance - comme on dit tenir en joue - que Claude Buraglio donne naissance à une œuvre. Une œuvre tendue entre violence et beauté. Une œuvre dans laquelle l'artiste oppose à la brutalité des images une toute autre forme de brutalité : technique et salvatrice. Découper, isoler, changer d'échelle, lithographier, morceler en fragments mal accolés, maroufler, neutraliser sous Plexiglas. Autant de mauvais traitements nécessaires pour que l'image clandestine devienne image publique.
Quand la plupart des artistes se projettent dans leur oeuvre, Claude Buraglio semble tout faire pour s'en extraire, s'en sortir. «Peinture élégante», disait Georges Bataille à propos de Manet. Élégance, c'est-à-dire non pas joliesse, mais retrait du peintre hors de l'oeuvre, recherche de l'impersonnel, de ce point où l'artiste se neutralise afin que la peinture advienne.
«Je lessive l'image», dit Claude Buraglio, «pour sauver ma peau». Il y a, dans cette démarche, une forme de rédemption laïque : une transfiguration de la violence subie en beauté violente. Une beauté étrange, dérangeante : comme l'improbable mariage d'Édouard Manet et de James Ellroy.
Pierre Wat, 1998.